Tour de France 2007
Un autre Tour de France est possible.
Cette année encore, le succès du Tour ne s'est pas démenti: comme tous les Français, les habitants de Massy sont toujours aussi nombreux à se presser sur son passage .
Cependant, les accusations de dopage, plus fréquentes que les années précédentes, ont gravement mis en cause la probité de cette épreuve. Citons l' Allemand Patrik Sinkewitz, contrôlé positif à la testostérone peu avant le départ du Tour et contraint de ne pas y participer, le Danois Michael Rasmussen, soupçonné d'avoir menti sur son emploi du temps pour échapper à des contrôles inopinés, la formation Astana, renvoyée du Tour à la suite du contrôle positif (hémo transfusion) de son coureur kazakh Alexandre Vinokourov, tout comme l'équipe française Cofidis, après le contrôle positif (testostérone) d'un de ses coureurs, Cristian Moreni. Pour un expert allemand, la comparaison des vitesses horaires des coureurs actuels par rapport à celles d' il y a dix ans atteste indubitablement le dopage.Enfin l'équipe Saunier-Duva a annoncé vingt-quatre heures après l'arrivée des coureurs à Paris que Mayo était contrôlé positif à l'EPO le 24 juillet, lors d'une journée de repos précédant la dernière grande étape de montagne. Tous ces remous ont fini par dégénérer en crise, et les dirigeants du Tour ont été jusqu' à parler d'un complot pour le supprimer. A l'Assemblée nationale, le groupe SRC (Socialiste, radical et citoyen, dont fait partie le MRC ) a annoncé qu'il demanderait prochainement la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le dopage dans le sport.
Or un autre Tour est possible.
C'est ce qu'a réussi à démontrer Guillaume Prébois, journaliste et cycliste amateur qui, suivi par un médecin et une petite équipe logistique, a fait le tour de France un jour avant les coureurs. A l'arrivée, ses divers bilans sanguins ne donnent pas de signe d'inquiétude, son poids n'a pas changé, il n'est pas physiquement épuisé, et les divers contrôles antidopage prouveront certainement qu'on peut faire le Tour de France sans substance interdite, comme beaucoup de coureurs le font, il faut le souligner . Certes Guillaume Prébois n'a pas fait les grandes performances des professionnels, mais est-ce réellement possible sans émulation ni appui d'une équipe et de coureurs relais, sans mettre sa vie ni celle des autres en danger, quand les routes ne sont pas spécialement vidées pour la course et que l'on croise dans les descentes voitures ou cars de tourisme?
S'il y a une leçon à tirer de cette expérience, ce serait qu'on peut faire du cyclisme de haute qualité et repousser les limites des records tout en respectant l'homme et la personne du cycliste, c'est à dire sans produit dopant bien sûr, en supprimant les étapes marathon, en augmentant le rythme des zones de ravitaillement et la fréquence des jours de repos etc....L'organisation du Tour en équipes sponsorisées par de grandes marques n'est pas étrangère non plus à l'obsession du rendement constatée actuellement..Or le sport n'est pas une entreprise, et encore moins une entreprise libérale. Le public qui aime le sport et la détente n'a pas envie d' y retrouver l'ambiance de compétition inhumaine qu'il constate trop souvent dans sa vie professionnelle. Le retour à une organisation du Tour en équipes nationales, ambassadeurs de leurs pays et preuves incontestables d'une intégration réussie par le sport, donnerait aussi un autre stimulant aux coureurs: l'admiration de leurs compatriotes pour des champions devenus plus humains.
F SEITZ