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Les positions du MRC

Lundi 7 avril 2008
Dépêche AFP, dimanche 6 avril, 18h56.


 

Jean-Pierre Chevènement pourrait reprendre en juin la présidence exécutive
du Mouvement républicain et citoyen (MRC), qui souhaite aujourd'hui "la
création d'un grand parti de toute la gauche", a-t-on appris auprès du parti
dimanche, à l'issue d'un conseil national.

Selon un communiqué du MRC, le conseil national s'est "félicité de la
disponibilité de Jean-Pierre Chevènement (actuellement président d'honneur
du MRC) à reprendre la présidence active du MRC à l'issue du congrès de
juin".

Le conseil national a également "manifesté" dans un texte d'orientation "la
volonté du MRC de s'inscrire dans un processus de refondation républicaine
par la création d'un grand parti de toute la gauche".

"Cette refondation ne saurait en aucun cas être confondue avec une adhésion
au PS. Il s'agit de créer un électrochoc pour rassembler toutes les
sensibilités, attirer les nouvelles générations et ancrer la gauche dans le
peuple", selon le parti.

Le MRC "offre à la gauche un projet républicain, comportant notamment la
possibilité de nationalisations partielles ou totales, pour préserver le
tissu productif", précise-t-on de même source
.

Par CM91
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Lundi 7 avril 2008
Projet du Mouvement Républicain et Citoyen, dimanche 6 avril 2008.


 

Un projet républicain plus que jamais d'actualité

 

1 - EN FRANCE


1-1 – La République relevée


La souveraineté, la démocratie, la loi

Refonder les institutions européennes sur la démocratie, c'est la refonder
sur les souverainetés nationales qui sont inaliénables. Cela n'exclut
nullement des transferts de compétences, des compétences exercées en commun,
mais à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées.

Les droits de l'homme sont indissociables de ceux du citoyen, qui constitue
une parcelle du souverain ; ils sont donc liés à la souveraineté nationale.
Le « droitdel'hommisme » qui veut l'ignorer, et qui d'ailleurs s'évanouit à
l'exercice du pouvoir, est une tromperie.

En République, le citoyen n'a qu'un maître : la loi, qui doit être égale
pour tous. Il est urgent de simplifier la loi, de mettre un terme à la
prolifération réglementaire, nationale comme européenne. Prendre le citoyen
au sérieux c'est garantir la clarté et la lisibilité de la loi.

 

Le renouveau de l'Etat

L'Etat est l'instrument par lequel le bien commun s'affirme par dessus les
intérêts particuliers. Pour réformer l'Etat, il faut clairement fixer ses
tâches : fonctions régaliennes, fonctions anticipatrices, fonctions de
stratège et missions d'intérêt public : transports, énergie, recherche,
aménagement du territoire… Décentralisons, mais dans la République et dans
le respect de la solidarité nationale ! Cessons d'opposer les collectivités
locales à l'Etat : tous doivent servir le bien public. Le développement de
l'intercommunalité de la loi de 1999 montre que c'est possible.

La reconquête des territoires

Une vigoureuse politique d'aménagement du territoire doit viser la
reconquête de l'espace français, pensée en fonction des défis européens.

Pour réorienter la politique de la ville il faut clarifier les choix :
quelle égalité bâtir, pour quelle citoyenneté, dans quelle nation ? Aux «
politiques d'intégration » doit succéder une volonté nationale de plein
accès à la citoyenneté, replaçant les valeurs républicaines au cœur du pacte
social, rejetant dans les actes les réflexes communautaristes.


1-2 – Revaloriser le travail

Rééquilibrer les revenus du travail et du capital

La revalorisation du travail, par rapport aux revenus du capital, peut
commencer en France par la réforme des charges sociales. Nous proposons que
les cotisations sociales patronales, aujourd'hui assises sur les salaires,
soient graduellement remplacées par une taxe assise sur la valeur ajoutée
comptable de l'entreprise. Les cotisations salariales, à l'exception de la
retraite, doivent être transférées vers une CSG ne supportant pas l'impôt.
Ces transferts permettront aux entreprises de poursuivre l'effort de
revalorisation du SMIC et de rendre aux salariés du pouvoir d'achat. A
l'inverse, les revenus du capital seraient appelés à financer bien davantage
la protection sociale.

Garantir les protections sociales

Le chômage important des jeunes et des salariés après 50 ans constitue un
immense perte de cotisations pour les régimes de protection sociale. L'issue
n'est pas dans les fonds de pension qui ne font qu'engendrer de nouveaux
risques. Elle est dans la réforme de l'assiette des cotisations,
l'amélioration du taux d'activité en fin de carrière… et dans le recul du
chômage.

Nous voulons renforcer un système de protection universel, égalitaire et
solidaire, dégagé des contraintes de rentabilité mais équilibré
financièrement. Nous proposons de rendre au Parlement un rôle directeur dans
la politique de santé publique et dans les dépenses de santé : (politique du
médicament, libérée des pressions des grands groupes pharmaceutiques,
modernisation de l'hôpital public, et synergie entre médecine de ville et
établissements, Agences régionales de santé, organisation du risque
dépendance, etc.

1-3 – La citoyenneté affermie


Face à l'individualisme, la citoyenneté est le rappel de l'intérêt général
et le civisme est la forme la plus élaborée du lien social. Si la
citoyenneté traverse aujourd'hui une crise, ce n'est pas le modèle
républicain qui est en cause, mais les coups de boutoir qui le frappent jour
après jour, au nom de l'individualisme exacerbé, du culte de la réussite
personnelle par l'argent, des communautarismes. C'est aussi parce que
l'intérêt général est perdu de vue.

L'égalité entre les hommes et les femmes est le premier défi à relever par
le principe de citoyenneté, devant lequel les traditions, les cultures, les
religions doivent céder le pas.

L'égal accès à la citoyenneté est devenu un enjeu majeur : aux jeunes issus
de l'immigration, aux jeunes stigmatisés par leur quartier de résidence ou
leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse républicaine d'égalité.
L'Etat ne doit pas rester observateur ou juge pénal : il doit devenir acteur
de cette promotion volontaire.

Il faut donner sens à l'immigration, à condition que celle-ci soit régie par
des règles claires et ne soit pas perpétuellement agitée par les démagogues,
qui prennent le risque grave de déstabiliser les populations installées sur
notre sol. Les quota d'origine ne sont pas acceptables en raison de leurs
critères ethniques ou raciaux ; les quota par profession ne peuvent être
utilisés qu'en accord avec les pays d'origine afin de ne pas organiser le
pillage des cerveaux du Tiers Monde. Pour apaiser les peurs, donnons sens à
l'immigration : les nouveaux venus, futurs citoyens de la République, feront
la France de demain.

Au nom de la laïcité, nous devons veiller à ce qu'aucune distinction
religieuse ne s'impose dans l'espace public, à ce que l'ethnicisation des
rapports sociaux soit combattue, à ce que la liberté de l'esprit, de la
recherche, de la création soit garantie. Le premier combat laïque
d'aujourd'hui est à livrer contre l'enfermement dans le communautarisme.

Le droit égal pour tous à la sûreté doit s'imposer aussi bien face à la
démagogie sécuritaire que face à l'angélisme : police de proximité, loi de
programmation pour la justice en sont les outils.


1-4 – Refonder l'Ecole


Il est temps de recentrer l'Ecole sur ses missions premières : la
transmission des savoirs et des valeurs, et relever l'autorité qui la rend
possible, celle des maîtres. La maîtrise des savoirs élémentaires en
primaire est la clé de toute réussite ultérieure. Une priorité doit être
donnée à la maîtrise de la langue française qui conditionne tout le reste…
La République doit conforter ses enseignants : ils ont la tâche ingrate
d'inculquer le goût de l'effort dans une société hédoniste, le sens du
travail dans un monde où la réussite par l'argent est portée au pinacle, la
joie de comprendre, la fierté de s'élever, dans un environnement où tout
concourt à la crétinisation de masse.

La formation de la citoyenneté est la deuxième grande mission de l'Ecole.
L'instruction civique doit transmettre les valeurs de la citoyenneté.

Dans l'enseignement supérieur, nous devons faire face au tarissement du
nombre d'étudiants dans les filières scientifiques et techniques. Des
bourses incitatives seraient nécessaires. L'orientation, à l'Université, au
cours du premier cycle doit répondre au défi que constitue l'abandon par de
nombreux étudiants de leur cursus. Nous avons également proposé que l'Etat
et le service public financent les études de jeunes de milieu modeste qui
s'engagent ensuite à servir durant dix ans.


1-5 - Science, culture, environnement


Les relations de l'homme et de la nature revêtent une dimension planétaire :
effet de serre, réchauffement du climat, conséquences sur le niveau des
océans et sur les terres habitées des rivages, amenuisement de la
biodiversité… Y faire face suppose de mobiliser les capacités de la raison
et de la science, et non de sombrer dans un millénarisme aveugle.

L'éthique de responsabilité face à l'environnement et à l'avenir de la
planète est une dimension moderne du civisme et de la citoyenneté. Il faut
penser l'écologie de l'humanité, et réintroduire la responsabilité des
nations face au devenir de l'humanité.

Un projet républicain fait confiance à la création et aux créateurs. Il
s'agit de les défendre face à la marchandisation générale, et de promouvoir
l'exception culturelle. Il s'agit aussi de favoriser la participation du
plus grand nombre à la vie culturelle, en ressoudant ainsi le sentiment
d'appartenance. Nous proposons en même temps d'ouvrir la culture française
sur le monde et de faire de la francophonie une dimension majeure,
culturelle et politique.



2 - EN EUROPE

2-1 – Face à la crise, renouer avec la croissance

La crise qui a commencé de s'abattre sur l'Europe appelle des remises en
cause énergiques pour éviter d'être entraînés dans la spirale du désastre
économique.

Changer l'architecture de la zone euro

Dans la zone euro il faut anticiper d'urgence pour surmonter la vague
récessioniste venue d'Amérique :
- renégocier le Pacte de stabilité, et à tout le moins exclure du calcul du
déficit budgétaire comparé les dépenses d'investissement productif, de
recherche et de défense.
- modifier les statuts de la Banque centrale européenne afin d'inclure dans
ses missions la nécessité de veiller à l'emploi et à un haut niveau
d'activité et définir l'inflation de manière réaliste
- instituer un gouvernement économique de l'euro assuré par l'Eurogroupe, et
autorisé à donner des orientations à la BCE. La politique du change doit
être reprise en main.

L'innovation et la recherche

Les vœux pieux du sommet de Lisbonne en matière de recherche et de
technologie ont heurté le mur du pacte de stabilité. Nous proposons de
porter à 3% du PIB l'effort de recherche français, en déduisant ces
engagements des déficits budgétaires comparés.

La politique industrielle

La politique industrielle doit reprendre ses droits . Elle a été ramenée par
la Commission de Bruxelles à une simple politique de la concurrence
empêchant d'ailleurs de faire naître en Europe des champions mondiaux. Les
défis que nous lancent les pays émergents, la montée des « fonds souverains
» exigent un changement de cap. L'Europe doit promouvoir une politique de
l'offre, dans le domaine de l'industrie comme dans celui des services.

Dans les secteurs industriels vitaux et stratégiques, l'Etat doit exercer
une mission de sécurité absolue. Son droit de regard, sous forme de golden
share par exemple, est légitime. Des coopérations renforcées dans les
domaines industriels clés doivent pouvoir se nouer, sans l'aval préalable de
la Commission, avec un nombre restreint d'Etats membres volontaires.

Pour mettre nos grandes entreprises à l'abri des prédateurs boursiers, des
moyens existent : contrôle des fusions boursières, constitution d'un pôle
d'actionnaires stable capable d'intégrer les exigences de moyen et long
terme pour l'entreprise, actionnariat salarié, qui à partir de 10 – 15%
offre une résistance solide aux opérations prédatrices.

L'énergie

Nos approvisionnements en pétrole et en gaz sont liés à la qualité de nos
relations avec les pays qui forment le grand voisinage de l'Europe :
Moyen-Orient et Iran, Maghreb, Russie. Une Europe européenne, soucieuse de
ses intérêts à terme, a autre chose à faire que d'emboîter le pas aux fiasco
de la politique américaine dans ces régions.

Les prix durablement élevés du pétrole, le besoin d'indépendance
énergétique, font que l'énergie nucléaire a un grand avenir devant elle.
L'avenir du nucléaire doit être préparé. Sur vingt ans, il faut prévoir de
gérer 500 tonnes de déchets, de manière sûre, durable et réversible. Ce
n'est pas inaccessible ! Cette priorité peut d'ailleurs fort bien se
conjuguer avec le développement des énergies renouvelables et avec une
politique sérieuse de maîtrise des dépenses énergétiques.

Le service public

Nous avons besoin de services publics performants et de qualité. La «
concurrence libre et non faussée » est le lacet avec lequel les libéraux
entendent étrangler le service public, en les mettant à la merci d'un
l'écrémage où le secteur privé s'octroie les activités rentables, ne
laissant au public que le secteur déficitaire, avant de disparaître.

Nous avons besoin d'une directive « service public », permettant sans
équivoque de préserver l'égalité d'accès des citoyens aux services de base.


Les paysans doivent pouvoir vivre de leur travail

Il faut réinventer la PAC et les principes qui l'avaient fondée : préférence
communautaire, prix rémunérateurs encourageant la qualité, souveraineté
alimentaire, en servant de nouveaux objectifs : agriculture paysanne,
sécurité et qualité alimentaires, rejet du dumping vis à vis des
agricultures des pays du Sud. Cette réinvention de la PAC doit permettre à
l'Europe de se nourrir par elle-même et aux paysans de vivre de leur travail
et non de subsides.



3 - DANS LE MONDE

L'incantation chère au président Sarkozy, ne suffit pas. La mondialisation
libérale, c'est la mise en concurrence des « coûts » du travail. Pour
revaloriser le travail, il faut changer les règles du jeu.

Pour protéger les acquis sociaux en Europe, la définition et le respect de
clauses sociales et environnementales à l'OMC doit être notre cheval de
bataille. Mais cette bataille sera rude et longue.

C'est pourquoi, dès à présent, l'Union européenne doit remettre en œuvre une
préférence communautaire, qui prévalait jusqu'en 1974 au sein du Marché
commun, et l'appliquer aux biens et aux services. Cette préférence
communautaire implique un tarif extérieur commun et c'est la seule manière
de garantir le niveau social européen.

La liberté des échanges ne peut valoir qu'entre zones de niveau économique
et social comparable. Même les libéraux découvrent que l'extension sans
limite du libre-échange n'apporte pas la prospérité. Il faut renverser ce
dogme pour sortir l'OMC de sa crise. Il faut au contraire lier le volume de
nos importations au niveau social et environnemental des pays à bas coût de
main d'œuvre. A la vision de l'OMC nous devons opposer un projet
d'organisation du commerce mondial par grands ensembles régionaux, de niveau
économique et social comparable, avec liberté des échanges à l'intérieur, et
régulation des échanges entre grandes zones.

La France doit rester une grande puissance politique

Plus que jamais, face à la crise qui s'annonce, c'est le contenu de la
construction européenne qui est en cause. Nous avons le devoir de proposer
un programme de mobilisation des instruments économiques (Pacte de
stabilité, statuts de la BCE, politique du change, etc…)

Il faudra aussi simplifier la procédure de coopération renforcée et pouvoir
y associer des pays du grand voisinage de l'Europe : Russie, Turquie,
Maghreb. Une Union pour la Méditerranée, pour voir le jour, ne pourra pas
faire l'économie des questions politiques (Turquie et UE, Proche-Orient,…)

L'échec des tentatives de fusion des nations par l'Europe, ou de fédéralisme
à 27, ouvre de nouvelles opportunités : nos relations avec l'Allemagne, mais
aussi avec l'Italie, dans certains domaines avec la Grande-Bretagne doivent
trouver de nouveaux développements.


Vers le Sud, le co-développement doit devenir une exigence. La France
républicaine doit faire entendre son message : il n'y a pas de développement
sans Etat, qui soit si possible un Etat de droit; il est nécessaire de
fonder des nations sur la citoyenneté et non sur le communautarisme ou
l'ethnicité; il est souhaitable d'organiser le développement avec le soutien
d'un Etat stratège, volontaire, garant du bien public.

La France peut jouer un rôle original et utile en direction du monde
arabo-musulman. Les interventions militaires, au lieu de faire reculer le
terrorisme, fouettent l'intégrisme. Ce n'est pas le choc des civilisations
qui vaincra la violence, mais la coopération Nord – Sud. C'est l'alliance
des civilisations qui peut tarir les sources du fanatisme et du terrorisme,
imposer une paix juste au Proche-Orient. Après le fiasco américain, le
moment est venu de faire valoir ces thèses.

Une défense indépendante

La défense est nationale; la dérive vers la fourniture de contingents aux
quatre coins de la terre et le plus souvent sous commandement américain doit
cesser. L'architecture de la défense doit être clairement perceptible : son
noyau, c'est la force de dissuasion qui autorise l'indépendance de notre
politique. En Europe, nous respectons pleinement les obligations du traité
de l'Atlantique Nord, mais nous récusons les tentatives de faire de l'OTAN
une organisation militaire internationale intervenant en Asie ou au
Moyen-Orient, et nous refusons la pente dangereuse qui nous conduit par
l'OTAN à un alignement sur la désastreuse politique de M. Bush.
 

 

 

 

Par CM91
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Vendredi 29 février 2008

Par Jean-Pierre Chevènement ancien ministre, président d'honneur du MRC, tribune parue dans Libération, jeudi 28 février 2008

 

 

Un malentendu historique originel pèse sur l'actuelle politique économique de la zone euro. La France a cru s'approprier avec l'euro la puissance du mark allemand, mais, en fait, c'est l'Allemagne - en l'occurrence Helmut Kohl et le président de la Bundesbank de 1988 à 1991, Karl Otto Pöhl - qui a imposé ses conditions à la France : indépendance de la Banque centrale, critères de convergence astreignants, prolongés par le pacte de stabilité conclu à Amsterdam en 1997.

Le modèle allemand - lutte exclusive contre l'inflation, indifférence au taux de change - a mis la croissance européenne en berne depuis 1991 et a fait de l'Europe le spectateur impuissant de son déclin économique. Certes l'Allemagne peut aujourd'hui se targuer d'un excédent commercial de 200 milliards d'euros en 2007, mais celui-ci est la contrepartie d'une compression des coûts salariaux et de la demande interne depuis sept ans, qui entraîne chez elle une croissance encore plus faible que chez ses partenaires de la zone euro. La politique économique allemande n'offre pas seulement l'exemple d'une stratégie non coopérative en Europe. Elle constitue pour l'Allemagne même un choix malthusien, privilégiant les intérêts des rentiers et du capital financier sur ceux du monde du travail et sur la croissance.

 

Que faire face à la récession qui s'étend inexorablement ? Le pacte de stabilité fonctionne à contre-emploi, et la Banque centrale européenne refuse de baisser ses taux. A peu près tous les responsables politiques en France, de gauche ou de droite, ont réclamé depuis des années un gouvernement économique de la zone euro (1), voire un changement des statuts de la Banque centrale, des pouvoirs réels donnés à l'Eurogroupe [ministres de l'Economie des pays de la zone euro, ndlr] pour lutter contre l'appréciation du change, la non-prise en compte dans le calcul des déficits budgétaires des dépenses publiques consacrées à la recherche, etc. La ratification du traité de Lisbonne semble avoir enterré ces velléités de réforme.

La France et l'Europe restent tétanisées face à la fuite en avant du système étatsunien : surendettement intérieur et extérieur, chute du dollar, enlisement au Moyen-Orient. Nos réflexes sont d'un autre temps : celui où les épargnants allemands grugés par la spoliation originelle de 1948 assignaient la défense de l'épargne comme seul objectif à la Bundesbank. La Banque centrale européenne maintient dans un contexte entièrement nouveau les priorités de la «Buba». L'économie française étouffe d'avoir importé un modèle qui ne convient ni à sa démographie ni à son industrie… Deux facteurs peuvent cependant conduire à l'avènement d'un véritable gouvernement économique de la zone euro : la pression des Etats-Unis en vue de provoquer une relance européenne, à travers l'acceptation de déficits accrus, et le basculement prévisible des mentalités outre-Rhin. Les syndicats allemands en effet supportent de plus en plus mal la cure d'austérité qui leur a été imposée depuis sept ans. Avec le ralentissement économique, le commerce extérieur allemand, selon la fédération du patronat allemand, cessera de contribuer en 2008 à la croissance. Comment enfin ne pas voir que le surgissement au-dessus de la barre fatidique de 5 % des voix d'un nouveau parti à gauche de l'échiquier politique allemand - die Linke - peut peser de manière déterminante dans le sens d'une réorientation keynésienne de la politique économique ? Le SPD sera obligé de tenir compte de ce nouveau partenaire, et c'est tout l'axe de la politique allemande qui peut se déplacer dans les années qui viennent. La levée du malentendu originel sur l'euro ouvrirait un nouvel horizon à la coopération franco-allemande. La zone euro pourrait alors jouer le rôle d'un espace keynésien. Ce serait l'intérêt de l'Europe, mais aussi des Etats-Unis et du reste du monde.

 

Par CM91
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Lundi 25 février 2008
A-t-on bien mesuré les conséquences de l’indépendance du Kosovo ?
Claude Nicolet, Secrétaire national aux Relations Internationales / 6 février 2008

Les élections présidentielles qui se sont déroulées ce dimanche en Serbie, ont été présentées comme cruciales et de manières totalement caricaturales. D’un côté le bon Boris Tadic « pro occidental » voulant arrimer son pays à l’Union Européenne, à l’économie de marché et au libre échange, donc au progrès. De l’autre le méchant Tomislav Nikolic « nationaliste », représentant le passé, l’archaïsme, et désirant se rapprocher de la Russie « de Poutine ». Les deux se disent opposés à l’indépendance du Kosovo, qui à leurs yeux appartient à la Serbie.

L’un des enjeux majeurs de ce scrutin concerne bien sûr la question de l’indépendance de cette province.

Il faut regarder les choses en face : il ne semble plus avoir aujourd’hui que de mauvaises solutions. Les Albanais du Kosovo (qui sont aujourd’hui très majoritaires) disent massivement vouloir l’indépendance. La Serbie de son côté ne peut pas accepter cette indépendance pour des raisons historiques, politiques, culturelles et religieuses. Les différentes missions de médiation mises sur pied par l’ONU ont échoué. Or l’indépendance sera proclamée. Que ce soit de façon unilatérale par les Albanais du Kosovo ou dans une solution politique associant plus ou moins la Serbie si c’est Tadic qui emporte l’élection.

Quoi qu’il en soit cette perspective n’augure rien de bon et le pire sera à craindre. La perte du Kosovo créera en Serbie une frustration et une humiliation que personne ne mesure aujourd’hui et sur laquelle pourra se nourrir tous les ressentiments. En outres tous les mouvements séparatistes, indépendantistes et sécessionnistes en Europe ne pourront y voir qu’un encouragement. A-t-on pris la mesure de cet impact ? C’est la boite de Pandore qui va se rouvrir au cœur du continent, dans sa zone politique la plus instable. A la confluence des mondes latins et slaves. Orthodoxes, catholiques et musulmans. Sur la vieille frontière des influences des empires russe, ottoman et germanique. Est-il de l’intérêt de la France et de l’Europe de se mettre sur les bras un vrai problème politique et stratégique avec la Russie ?

Le résultat de cette opération sera la séparation de la Serbie et du Kosovo. Autrement dit le remodelage des frontière d’un Etat souverain, membre de l’ONU avec pour conséquence inéluctable la proclamation de l’indépendance du Kosovo qui n’a jamais été considéré comme étant une république fédérée de l’ancienne Yougoslavie. C’est la remise en cause de ce qui avait permis de sortir de la chute du Mur de Berlin et de permettre la réunification allemande dans de bonnes conditions. Notamment la conférence de Paris pour régler la dislocation de l’ancien bloc communiste avec un principe simple et clair : le respect des frontières.

Nous sommes donc face à une situation qui ne fera que s’envenimer. Il y a en germe la création d’un puissant mouvement irrédentiste au cœur des Balkans qui n’ira qu’en se renforçant. La Russie s’en mêlera et l’appuiera parce qu’il y va de ses intérêts nationaux et stratégiques les plus évidents.

Le Kosovo fait partie de la Serbie qu’on le veuille ou non et le sentiment d’appartenance qui fonde en partie le sentiment national ne disparaitra pas de si tôt. Or comme les difficultés économiques seront sans doute croissantes avec la transformation de la Serbie vers l’économie mondialisée, de fortes turbulences sont malheureusement à craindre.

 
F.Seitz
Par CM91
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Lundi 18 février 2008

Jean-Pierre Chevènement fait partie des signataires de l'appel lancé par l'hebdomadaire Marianne et publié dans le numéro 565 du samedi 16 février.

Les soussignés se réclament de sensibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils ont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu'ils entendent réaffirmer.

- Leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective.

- Leur attachement aux fondamentaux d'une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile.

- Leur attachement à l'indépendance de la presse et au pluralisme de l'information.

- Leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l'indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXIè siècle.

Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble, ces impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l'Histoire de la République.

 

Signataires :
Pierre Lefranc, ancien chef de cabinet du Général de Gaulle, administrateur de la Fondation Charles de Gaulle
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre
Ségolène Royal, ancienne ministre, Présidente de la région Poitou-Charentes
François Bayrou, ancien ministre, député des Pyrénées-Atlantiques,
Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre
Corinne Lepage, ancienne ministre
Nicolas Dupont-AIgnan, député de l'Essonne
Bertrand Delanoë, maire de Paris
Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher
Nöel Mamère, député de la Gironde
Jean-Christophe Lagarde, député de la Seine-Saint-Denis
Marielle de Sarnez, conseillère de Paris
André Gérin, député du Rhône
Arnaud Montebourg, député de la Saône-et-Loire
Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Loire
Jean-Pierre Brard, député de la Seine-Saint-Denis
Jean-Paul Bled, président des Cercles universitaires d'études et de recherches gauliennes

 

Par CM91
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Mercredi 6 février 2008

Dépêche AFP, lundi 4 février 2008, 19h28.

 

  cnr.jpg

Jean-Pierre Chevènement a prévenu lundi que la construction européenne fondée sur "un déni de démocratie apparaîtra vite comme frappée d'illégitimité", après l'adoption par les parlementaires de la révision constitutionnelle, préalable à la ratification du traité de Lisbonne.
"181 voix contre la révision constitutionnelle", dont "près de 120 parlementaires socialistes, c'est mieux qu'un baroud d'honneur qui a été livré au Congrès de Versailles", estime dans un communiqué le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC).
Mais "ce n'est pas la bataille d'arrêt qu'une direction socialiste aurait pu livrer et gagner si le Parti socialiste avait été à l'unisson de la volonté du peuple français et particulièrement de son électorat", ajoute l'ancien ministre, partisan d'un référendum.
Dénonçant un "triomphe momentané de l'hypocrisie", il prévient: "cela ne durera pas toujours: la poursuite de la construction européenne sur la base d'un déni de démocratie apparaîtra vite comme frappée d'illégitimité".

 

Lundi 04 Février 2008

Chevenement.fr

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Par CM91
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Jeudi 24 janvier 2008

Le 29 mai 2005, le projet de constitution européenne a été repoussé par le peuple français.

 

Depuis, l’objectif de Nicolas Sarkozy était de contourner la décision du peuple souverain afin d’imposer son mini-traité, pas du tout simplifié.

 

Créé à l'instigation de N. Sarkozy et d'Angela Merkel, ce nouveau projet de texte a été adopté à Lisbonne par le Conseil européen en octobre 2007.

 

Ce traité comporte les mêmes défauts que la « Constitution européenne »:

·        Le nouveau calcul des droits des états membres place la France en minorité et permet de créer des majorités contre elle ;

·        Le libéralisme continu d'être érigé en dogme économique ;

·        La politique étrangère s'alignera nécessairement sur celle des Etats Unis.

 

Ce traité ne comporte rien qui réamorce positivement et démocratiquement la politique européenne.

 

N. Sarkozy tente aujourd’hui de le faire ratifier par les députés. Pour ce faire, une modification préalable de la Constitution française est nécessaire. Elle doit être votée par les 3/5ème des  sénateurs et des députés réunis en congrès à Versailles.

 

Comme l'a dit Charles Hutin, Député MRC, les députés n'ont pas le droit de revenir sur ce qu'a décidé le peuple français par référendum.

 

Que veut dire en effet référendum? En référer à quelqu'un, lui poser une question de confiance. Si l'avis et la décision du peuple français ne sont pas respectés, sa confiance est trahie.

 

Ce qu'un référendum a défait, seul un référendum peut le faire !

 

Pour le MRC, la mobilisation populaire et citoyenne doit s'accroître et devenir une pression suffisante :

·        Pour que N. Sarkozy  n'obtienne pas les 3/5ème des suffrages exprimés des députés et des sénateurs pour la modification préalable de la constitution française ;

·        Pour que le nombre de député demandant un référendum augmente (il y en a aujourd'hui déjà 140).

 

Partisans du oui comme du non doivent exiger un débat public et un référendum.

·                    Il en va de la démocratie de la confiance du peuple dans ses représentants ;

·                    Il en va de l'Europe dont la construction  doit se faire par l'adhésion des peuples et en leur nom.


Par CM91
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Mercredi 2 janvier 2008

Meilleurs vœux républicains

pour 2008.

Que cette année soit celle de

toute la Gauche et de ses militants.

 

Par CM91
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Mardi 16 octobre 2007

Manifestation du 13 octobre 2007 contre la franchise médic Manif-du-13-oct-2007.jpg ale
Par CM91
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Mercredi 12 septembre 2007

Rapport introductif de Sami NAIR / Université d’été du MRC / septembre 2007

Je ne veux pas revenir sur l’analyse qui a été faite ce matin sur la mondialisation mais, de même qu’il n’est pas possible de parler de l’Europe en mettant entre parenthèses le rôle spécifique qu’y joue chaque nation, de même est-il impossible de parler de l’Europe sans se rapporter à la globalisation en cours. Car si l’Europe a une justification historique, c’est bien celle-ci : répondre aux défis de la mondialisation.

Or la crise financière de cet été illustre les méfaits d’une globalisation libérale qui repose essentiellement sur le « court-termisme », l’absence de régulation macro-économique, l’anarchie des marchés financiers, la fonction prédatrice de l’économie américaine.

C’est un système aberrant, gros de ruptures violentes et d’irrationalités économiques.

Et en effet, une mondialisation fondée sur l’idée qu’il faut tout déréguler pour que ça marche, qu’il faut enrichir les riches pour développer l’économie, qu’il faut mettre en concurrence tous les systèmes sociaux de la planète, ne peut que conduire à l’anarchie dominée par le despotisme des grandes entreprises transnationales, à l’appauvrissement des pauvres, à l’ajustement par le bas de tous les systèmes sociaux.

C’est une spirale de crises sans fin.

Devant les conséquences sociales du libéralisme triomphant au 19 siècle, Henrich Heine s’exclamait déjà : « Nous dansons sur un volcan, et nous dansons ! ». L’éruption n’avait pas tardé à venir !

La question que les observateurs sérieux de l’économie mondiale se posent aujourd’hui est de même nature : à quand l’éruption ?

Je souligne seulement en passant que cette menace d’explosion est accentuée par la stratégie d’« exportation du chaos » mise en oeuvre à l’échelle de la planète par les USA, maîtres de l’empire de la spéculation financière débridée.

Et l’Europe ?

On en parle depuis si longtemps : est-ce donc un concept introuvable ?

Le fédéralisme, déployé sur fond d’internationalisation de l’économie depuis le milieu des années trente du 20 siècle, renforcé par les désastres des guerres intereuropéennes, jouant aussi le rôle d’idéologie post-nationale conforme aux intérêts de la démocratie chrétienne européenne et, pour les sociaux démocrates, de substitut commode à l’internationalisme dévoyé par l’expérience soviétique, ce fédéralisme a été utilisé par les élites dirigeantes pour dessaisir les nations de leur souveraineté.

S’il est vrai qu’il rencontrait un sincère désir de paix des peuples européens, il faut aussi noter que celui-ci a été largement hypostasié par les élites dirigeantes européennes en credo essentiellement économiste et, à partir du début des années 80, en adhésion au libéralisme conquérant.

Mais l’onde de choc fédéraliste, devenue élitaire, et dont témoignent à la fois l’Acte unique et le Traité de Maastricht, a finalement trouvé sur son chemin l’obstacle des peuples et de la souveraineté populaire.

Face à la mondialisation, l’Europe avait principalement deux voies :

-  Soit la constitution d’un bloc de nations confédérées et unies sur la base d’un projet économique et d’objectifs stratégiques communs,
-  Soit un espace économique large, ouvert à tous les vents de l’économie mondiale, et exigeant des gouvernements européens des délégations permanentes de souveraineté sous la férule d’un Conseil d’administration économique baptisé : « Commission de Bruxelles ».

C’est cette deuxième voie qui a été suivie : l’Europe est donc devenue, de fait, un relais de la mondialisation libérale.

Pour légitimer la création de l’euro, on arguait notamment qu’il allait contrer le dollar : le dollar dame le pion chaque jour à l’euro !

On disait que le marché unique allait protéger l’Europe et doper la croissance : or, ainsi que le reconnaît Peter Mandelson lui-même, Commissaire européen au commerce, l’Europe est ouverte à tous les vents de la concurrence, souvent plus que déloyale, la croissance est atone, et lechômage tourne autour de 10% en moyenne dans cette Europe libérale ! Et je pourrai citer d’autres exemples encore... Il n’est donc pas étonnant que, sur le plan politique, là où la souveraineté populaire n’a pas encore été totalement confisquée, l’affaire ne fonctionne pas comme prévu.

Au moins deux événements majeurs son venus souligner, ces dernières années, que le dessaisissement de souveraineté ne s’opérerait pas si facilement : d’une part, l’opposition à l’invasion américano-britannique de l’Irak, et d’autre part les Non français et hollandais au référendum sur la Constitution européenne en 2005.

L’attitude résolue de la France et en particulier de Jacques Chirac, soutenu par l’Allemagne de Schröder et plus loin par la Russie, a traduit un refus de soumission à l’autorité impériale US, centre névralgique de la mondialisation libérale ;

-  Cet acte symbolique a fait exploser l’unité apparente de l’Europe, révélant l’inféodation de la plupart des gouvernements européens à la politique impériale US, et, tout à la fois, l’opposition résolue de toutes les opinions publiques européennes contre cette guerre.

Ensuite le Non en 2005. Ce n’était pas une petite affaire. Nous ne reviendrons pas ici sur sa signification ni même sur l’analyse de son contenu.

Il suffit de souligner sa caractéristique principale : il était fondamentalement hétérogène, traversé par des courants alliés dans le refus du texte constitutionnel, mais souvent opposés dans leurs orientations respectives. Pour faire bref, et en réservant la possibilité de nuancer plus encore l’analyse, disons qu’il y avait au moins trois orientations principales :

-  un Non de gauche, souvent proeuropéen quand il n’était pas carrément fédéraliste-social ;

-  Un Non antieuropéen, quand il ne renouait pas directement avec des traditions chauvines ;

-  Un Non républicain, proeuropéen mais fondé sur une dialectique réaliste des Etats nations et qui rejetait la Constitution au nom de la nécessaire articulation démocratique du social et de la souveraineté nationale.

Inutile de dire que toutes ces forces n’ont pu vaincre que parce que, au fond, le peuple français avait décidé de refuser un texte qui lui paraissait dangereux pour sa propre identité historique, sociale et politique. Il ne faut jamais oublier cette détermination populaire : le texte a été rejeté parce qu’il attentait à une certaine idée du lien national, que celuici fut perçu au niveau social, culturel, politique ou pour d’autres raisons encore.

C’est précisément ce point, cette détermination du peuple, ce refus, qui est aujourd’hui contourné, phagocyté, manipulé, par le principe même d’un Traité dit simplifié non soumis au vote du peuple.

Tout se passe comme si l’on assistait, avec ce texte « modifié » en trompe l’oeil par rapport à la Constitution, à une offensive surprise de la part des partisans du oui, désavoués une première fois, de faire quand même adopter par la représentation nationale l’essentiel de ce qui a été rejeté par référendum.

Il est vrai que depuis 2005, deux événements majeurs se sont produits : d’une part, les partisans du Non, en raison même de leur hétérogénéité, n’ont pas été capables de tirer les bénéfices de la victoire ; d’autre part, les deux candidats à l’élection présidentielle étaient des partisans du Oui.

Ce dernier point est important car, à gauche, il renvoie à une ambiguïté au sein du Parti socialiste : en fait, il n’y a pas eu de débat sérieux après le vote de 2005 ; Les partisans du Non ont accepté une synthèse, au Mans, qui constitue une alliance sans clarification sur la question européenne. L’objectif de chacun était surtout de se positionner pour les présidentielles.

Ségolène Royal a affirmé tout au long de la campagne présidentielle qu’elle voulait une synthèse entre le oui et le non. Et elle a développé des positions réalistes et de bon sens dans ce domaine. Mais nous devons à la vérité de dire que le seul document où il y ait des propositions claires sur cette synthèse, est l’accord signé avec le MRC pour les présidentielles.

Cet accord dessine pour l’Europe une autre voie : celle de la réorientation européenne. Au cours de la campagne, la candidate de la gauche a rappelé ces orientations, même si nous aurions voulu que ce rappel fût plus offensif. L’essentiel était cependant préservé.

Prenons maintenant le texte du Traité simplifié, et voyons ce qu’il en est sur quelques points importants :

1) Les prétendues avancées par rapport à la Constitution : (retrait des références constitutionnelles : appellation, lois et lois cadres, symboles).

Le mot Constitution a certes disparu, mais il est remplacé par un texte qui affirme :

-  La personnalité juridique pour l’Union européenne, qui n’est plus une Communauté, ce qui lui permet donc de signer des actes internationaux indépendamment des Etats mais contraignants pour eux ;

-  La prééminence du droit européen sur le droit national, même si l’article sur la primauté du droit européen est formellement retiré. Le texte du Traité dit ceci, en note 2 de la partie concernant les Dispositions communes : « La Conférence rappelle que, selon une jurisprudence constante de la Cour de justice de l’UE, les traités et le droit adopté par l’Union sur la base des traités priment le droit des Etats membres, dans les conditions définies par ladite jurisprudence ».( page16).

Donc, on réintroduit par la fenêtre ce que le peuple a fait sortir par la porte.

2) Sur les institutions européennes

-  La Commission : rien n’est changé ; la France a déjà perdu un commissaire sur deux et n’en aura probablement plus à partir de 2014, en raison du système de rotation. En plus, la commission continue d’avoir le monopole absolu du droit d’initiative.

-  Nombre des députés au Parlement européen : la rupture de la parité au profit de l’Allemagne consentie dans le Traité de Nice est maintenue : 99 pour l’Allemagne, 77 pour la France, alors qu’il y avait égalité. La France avait accepté semble-t-il cette rupture pour sauvegarder la parité dans les votes au Conseil.

-  Sur le système de vote au Conseil. On s’aperçoit que cette parité saute : dans la Constitution et dans le Traité modifié, la France abandonne cette dernière position : en effet, si dans le Traité de Nice, la France et l’Allemagne disposaient de 9% des voix chacune ; dans la Constitution comme dans le Traité institutionnel, la France ne dispose plus que de 8,5% des voix tandis que l’Allemagne grimpe à 11% des voix en raison de l’adoption de la double règle de majorité (pondération démographique plus nombre d’Etats, soit 65% de la population, 55% des Etats), ce qui déséquilibre de façon très significative le couple franco-allemand.

L’Allemagne peut désormais plus facilement que la France obtenir une minorité de blocage dans les votes au Conseil : il lui suffirait, comme le souligne JPC dans La faute de M. Monnet, d’ajouter 75 millions d’habitants répartis dans 3 Etats différents alors que la France en nécessiterait 95 millions.

C’est là une source de crises entre les deux piliers de la construction européenne, sachant surtout les liens structurels d’interdépendance entre l’Allemagne et certains pays de l’Est.

Certes, comme le souligne encore JPC dans son livre, on pourrait dans l’absolu accepter le critère démographique qui sert de base à cette inversion des rapports, mais il faudrait alors qu’il soit compensé par exemple par l’engagement, de la part de l’Allemagne, de mettre en place un gouvernement économique pour la zone euro : or nos amis allemands ne veulent pas en entendre parler...

-  Sur le périmètre du vote à la majorité qualifiée : On nous dit qu’il y a extension de ce vote à 51 domaines supplémentaires, dont : la coopération judiciaire et policière (sauf pour le Royaume Uni), l’éducation, la politique économique (sans autre précision) etc. Ce n’est pas rien ! J’ai essayé d’obtenir des informations sur ces 51 nouveaux domaines, mais la réponse des autorités européennes est invariable : ils sont encore en négociation. Nous verrons donc en octobre prochain à quelles matières précisément sera étendue cette majorité qualifiée.

L’unanimité restera, certes, la règle pour la politique étrangère, la sécurité sociale, la fiscalité et la culture. Mais je le rappelle : la majorité qualifiée sera basée sur le principe de la double majorité : 55% des Etats membres représentant 65% de la population européenne. La Pologne a nuancé ce principe en obtenant que le système n’entre en vigueur qu’en 2014 au lieu de 2009 et que jusqu’en 2017, selon le compromis de Ioannina (qui permet à un groupe d’Etats proches de la minorité de blocage, sans l’atteindre, de demander un nouvel examen), un Etat-membre peut demander le réexamen d’une décision adoptée à la majorité qualifiée au Conseil.

La Pologne, et c’est le seul pays à le faire, demande d’ailleurs l’intégration de cette procédure au corps même du texte du traité simplifié, alors que pour l’instant, cette procédure est simplement une annexe.

-  Sur le renforcement des compétences nationales par l’extension des droits d’information des parlements nationaux, surtout sur le principe de subsidiarité : grande innovation : au lieu d’avoir six semaines pour donner un avis motivé, les parlements auront...huit semaines ! Et s’il y a conflit sur un acte législatif, une procédure compliquée est prévue, qui ne défavorise nullement, en dernier recours, la Commission.

Sur ce point, en rendant compte du Traité adopté, Monsieur Junker, Président de l’Eurogroupe, a été très clair :« les droits des parlements nationaux, a-t-il dit, seront renforcés sans qu’un groupe de parlements n’ait le droit de brandir un « carton rouge » mettant fin à la procédure législative ».

Au total, la logique qui prévaut dans le domaine institutionnel est celle à la fois d’un renforcement indéniable du modèle fédéraliste et d’un affaiblissement inéluctable du poids et du rôle de la France, surtout, soit dit en passant, au profit de l’Allemagne. Ceci n’est pas un jugement de valeur, mais un fait empirique objectivement démontrable.

3) Sur la Charte des droits fondamentaux :

Bien qu’elle ne figurera pas dans les traités, le mandat donné à la CIG précise que « l’article sur les droits fondamentaux contiendra une mention de la Charte des droits fondamentaux ... à laquelle il conférera une valeur juridiquement contraignante et dont il définira le champ d’application ». Cela signifie que la Cour de justice européenne acquiert des compétences nouvelles en matière de jurisprudence par une référence à cette Charte, ce qui lui permet de motiver ses décisions. La juridicisation de l’espace européen va avancer à grands pas, sachant que la Cour de Justice européenne est le principal vecteur de fédéralisation de la loi européenne.

4) Sur la suppression de la « concurrence libre et non faussée » des objectifs de l’Union. L’article 3 sur « la concurrence libre et non faussée » a en effet été formellement retiré, mais une lecture attentive du texte vous fait découvrir le passage suivant, dissimulé dans l’Annexe 1 sur les dispositions communes, note 16 intitulée : « Protocole sur le marché intérieur et la concurrence : les hautes parties contractantes, compte tenu du fait que le marché intérieur tel qu’il est défini à l’article 3 du traité sur l’Union européenne comprend un système garantissant que la concurrence n’est pas faussée, sont convenues que : à cet effet, l’Union prend, si nécessaire, des mesures dans le cadre des dispositions des traités, notamment l’article 308 du traité sur le fonctionnement de l’Union ».(page 24, mandat CIG juillet 2007).

L’article 308 du Traité de Nice (baptisé Traité sur le fonctionnement de l’Union) concerne le processus décisionnel : cet article précise que : « Le Conseil, statuant à l’unanimité sur proposition de la Commission et après consultation du Parlement européen, prend les dispositions appropriées ».

Comment faut-il comprendre cette formulation, sinon comme une possibilité pour que ce principe de l’ultralibéralisme puisse aussi devenir la règle dés lors qu’il y a accord entre les membres du Conseil ?

On voit d’ailleurs là toute la stratégie rhétorique adoptée par les rédacteurs du projet de Traité institutionnel : on retire du texte ce qui choque, ou qui a été mis en accusation dans le débat référendaire, mais on le replace, souvent sous une autre formulation, ailleurs, si possible en annexe ou note en bas de page. Ou encore : lorsqu’il s’agit de respecter la souveraineté des nations, les rédacteurs introduisent des formules qui la brident ; lorsqu’il s’agit d’étendre des prérogatives importantes pour la Commission, les rédacteurs s’arrangent pour les dissimuler dans les détails !

En tous cas, si la concurrence libre n’est plus un objectif, c’est bien un « instrument », comme l’a souligné le Président de l’Eurogroupe, Jean- Claude Junker le 26 juin 2007.

Et vous jugerez par vous-mêmes de ce que peut donner la dialectique des fins et des moyens dans l’Europe libérale !

5) Le retrait de la partie III sur les politiques économiques de l’UE :

On ne sait pas encore où cette partie va être replacée. Il faudra sur ce point être très attentif aux matières qui vont être soumises à la nouvelle majorité qualifiée, car on risque de retrouver cette troisième partie en tranches, éparpillée ça et là.

6) Sur les coopérations renforcées, principal instrument d’une construction réaliste et pragmatique de l’Europe :On les rend plus difficiles ! On pouvait les entreprendre à huit pays, ce qui était déjà quasiment impossible, sans compter qu’il fallait qu’elles soient consenties par les non participants, il faut désormais être 9, ce qui les rend à peu prés chimériques...

7) Sur la PESC : On refuse le titre de ministre des AE, mais on nomme un Haut Représentant de l’Union pour la politique étrangère et de sécurité, qui sera également Vice-président de la Commission européenne et aura le droit de proposition au conseil « Relations extérieures ». On institue un service diplomatique commun à 27, (quelle sera sa langue de travail ?) dont on peut se demander ce qu’il fera dés lors qu’il n’y a pas d’accord sur les objectifs.

8) Sur la défense : On ne change rien, cela signifie-t-il qu’on maintient le dispositif prévu par le projet de Constitution, et surtout l’article I 41, paragraphe 7, qui place l’Europe à la remorque de l’OTAN ( donc des Etats-Unis ) ? D’autres réformes sont prévues :
-  nomination d’un président de Conseil européen pour deux ans et demi renouvelable une fois ;
-  réduction du nombre de Commissaires à partir de 2014 (18 commissaires) ;
-  réduction du nombre de parlementaires européens (on passera de 785 à 750), etc.
-  Enfin, on élargit les pouvoirs du PE, grâce au développement des champs politiques dans lesquels Parlement et Conseil des ministres prennent des décisions communes.

Toutes ces mesures ne sont en fait que des reprises, allégées ou alourdies, du texte constitutionnel.

En revanche, Nicolas Sarkozy n’a rien obtenu en ce qui concerne la BCE, la politique industrielle (il ne peut même pas obtenir de madame Merkel une réunion du G7 en pleine crise financière), rien obtenu non plus pour la préférence communautaire, etc.

On doit se poser, au final, la question suivante : quelle est l’orientation centrale de toutes ces décisions ? La réponse est d’une évidence aveuglante : c’est la poursuite inexorable de la logique fédéraliste et libérale à travers le texte institutionnel.

La « substance du Traité constitutionnel reste », se vante Jean Claude Junker, mais c’est encore Giscard d’Estaing qui a le mieux résumé la situation dans son intervention, le 17 juillet, devant la Commission des affaires constitutionnelles du PE. Il affirme goulûment que : « En termes de contenu, les propositions demeurent largement inchangées, elles sont justes présentées de façon différente...La raison, ajoute-t-il, est que le nouveau texte ne devait pas trop ressembler au Traité constitutionnel. Les gouvernements européens se sont ainsi mis d’accord sur des changements cosmétiques à la Constitution pour qu’elle soit plus facile à avaler. »

Orgueil paternel mis à part, Giscard ne se trompe pas. Face à cela, que faire ?

A mon avis, si l’on veut être logique avec le vote du 29 mai 2005, et au nom même d’une autre conception de l’Europe, celle d’un modèle social fort, d’une union de nations responsables, du respect de la volonté populaire, on doit s’opposer à ce Traité institutionnel, qui reprend la substance de la Constitution.

Ce texte doit être rejeté pour une raison de forme et plusieurs raisons de fond :

-  Raison de forme : Un texte qui a été soumis au référendum et qui revient, même baptisé autrement, ne peut être adopté que par référendum, car il engage la souveraineté nationale, et implique donc la sanction de la volonté populaire. Je rappelle en outre que la Constitution française a déjà été modifiée pour accueillir la Constitution européenne : que valent ces modifications après le référendum qui les a désavouées ?

Il faut qu’à l’occasion du débat parlementaire sur le Traité institutionnel, les partis de gauche demandent non seulement le retrait de ces modifications mais aussi fassent acter que toute nouvelle modification de la Constitution française pour cause d’adaptation au Traité institutionnel européen et qui engage la souveraineté nationale, soit soumise au référendum. J’ajoute que la France, en refusant d’emblée aujourd’hui le référendum, se prive, dans l’actuelle négociation, d’un argument essentiel face au reste des européens. Pourquoi d’ailleurs se prive-t-elle de cette arme ?

Est-ce pour mieux capituler sur les matières qui seront soumises à la majorité qualifiée ? Je rappelle que Ségolène Royal s’était engagée au cours de la campagne présidentielle à organiser un référendum sur l’adoption de ce texte.

Le parti socialiste doit clarifier sa position sur ce point.

Il faut exiger que ce texte soit soumis à référendum.

-  Raisons de fond : Elles sont nombreuses et j’en ai souligné la plupart au cours de cette analyse.

Il suffit de rappeler ici la raison la plus importante : le Traité institutionnel n’est pas à la hauteur des défis auxquels sont confrontés les peuples européens aujourd’hui. En réalité, ce dont nous avons besoin pour construire réellement une Europe forte et unie sur l’essentiel, c’est d’un texte qui définisse les règles de fonctionnement de l’ensemble européen dans le cadre d’objectifs stratégiques en termes de projet de civilisation.

Or ce texte :
-  Ne met pas l’Europe au service de l’emploi et de la croissance concertée ;
-  Il ne propose pas de gouvernement économique de la zone euro, alors même que des voix s’élèvent, y compris dans les milieux financiers les plus en vue, pour demander une régulation de l’euro ( voir la déclaration de Georges Pauget, directeur du Crédit agricole, dans Les Echos du 31-O8-O7).
-  Il ne cherche nullement à créer les conditions d’une réforme des statuts de la Banque centrale pour inscrire dans ses missions la croissance et l’emploi ;
-  Il ne propose rien en matière de recherche et d’innovation ;
-  Il ne propose rien en matière de tarif extérieur, laissant au contraire la porte grande ouverte au dumping social : voici ce qu’a dit sur ce point, à l’Université d’été du Medef il y a quelque jours, Monsieur Peter Mandelson, à qui l’on reprochait l’ouverture débridée du marché européen : « Je cherche une réciprocité constructive, pas une politique qui dresse des obstacles contre d’autres obstacles ». C’est clair.
-  Ce texte modifié ne crée aucun nouvel équilibre avec le pouvoir de la Commission de Bruxelles qui, par la sacralisation de la politique de concurrence et le corset du pacte de stabilité, a sombré dans un ultralibéralisme fondamentaliste ;
-  Il ne définit aucune norme en matière de convergences fiscales et sociales ;
-  Il ne permet pas un bon fonctionnement des coopérations renforcées ;
-  Il fait l’impasse sur la solidarité avec les pays du Sud
-  Il ne postule aucune stratégie de défense centrée sur le renforcement de l’indépendance européenne, la laissant, comme aujourd’hui, à la remorque des USA.

En somme, il ne répond ni au projet de construction d’une Europe européenne indépendante et porteuse d’un modèle social fort, ni aux dérives de la mondialisation libérale. C’est un mauvais texte de compromis pour continuer à construire l’Europe libérale et fédérale dans le dos des peuples !

Absence de volonté politique, fondamentalisme libéral, soumission des sociétés aux mécanismes aveugles du marché, absence de projet social mais fédéralisme accentué pour aligner plus encore les modèles sociaux par le bas : comment pourrait-on accepter ce Traité institutionnel ? Au Parlement, les partis de gauche doivent affirmer leur refus de cette manipulation de la souveraineté populaire. 55% des français ont dit Non à la Constitution européenne. Ils prendront une grande responsabilité ceux qui, en montant dans le carrosse du Traité institutionnel, voudront, comme s’en réjouit déjà Valéry Giscard d’Estaing, leur faire « avaler » une Constitution maquillée. Parce que ce texte engage la démocratie, la souveraineté populaire et l’avenir de la nation, il faut exiger qu’il soit soumis à référendum !

 

Par CM91
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